Article Atelier du Bocage

par GALERIE Place à l'ART  -  12 Novembre 2014, 17:13

Publié sur "broutilles à l’aneth"  par Lary Stolosh
Publié sur "broutilles à l’aneth"  par Lary Stolosh

Publié sur "broutilles à l’aneth" par Lary Stolosh

Broutilles à l'aneth

​juste une expérience,  probablement

17 octobre 2014, par Lary Stolosh

 

Et le frisson, on en a parlé du frisson ?

 

Inutile d'en parler. Surtout, ne rien en dire. Lire le livre en silence, dans le silence. Offrir les sens à la brise des pages tournées. Elle caresse le regard, le frisson parcourt la fleur de la peau. Les images se succèdent, indécises ou ciselées. Elles laissent parfois sur la page d'en face la trace d'un poème. Le souffle des mots apporte une chaleur diffuse, confuse. Il fait éclore d'autres images, vestiges mutiques d'émotions oubliées dans les interstices de la mémoire.

 

Le livre est écrit avec le corps, les corps et les regards. La danse explore « les limites et les bords », chorégraphie minérale « Pour voir l'intérieur / Creuser l'intérieur ». Chaque découverte est recueillie par la main et le regard, déposée sur la feuille de dessin ou le film de l'appareil photographique. L'exercice est difficile, chaque avancée est fragile. L'artiste le sait bien, capter l'instant dans la réalité offerte au regard c'est d'abord « capter l'instant en moi ». Ainsi, le corps qui se déplace dans l'Atelier du Bocage n'est-il pas seulement ce modèle vivant qui met l'artiste à l'épreuve, mais le moyen et l'objet d'une exploration collective. Dépouillé des apparences, le corps est nu. Transformé par la danse, il est plus que nu. Il est la signification de ce qu'il donne à voir ; ce que l'artiste, précisément, doit saisir sans le rabattre sur l'apparence. Éviter l'écueil ou le refuge de l' esthétique pour donner une image plus que belle, une image dont le regard nourrira l'esprit inquiet de vérité. Le frisson est alors le signe, il est la preuve du toucher juste.

 

La rencontre entre poésie, photographie, dessin et danse inaugure un espace étrange dans lequel se déploie une expérience d'oscillation entre regardeur et lecteur, entre pensée et image.

 

Expérience singulière, au-delà du langage.

        La danseuse évolue d'une présence à l'autre.
        Le dessin superpose les instants.
        Les mots courent après la mémoire.
        Le rideau de l'appareil photographique se lève.

 

Il saisit l'instant dans un claquement familier qui signifie la disparition à jamais de tous les instants qu'il laisse échapper. Le bruit sec de la délicate mécanique suscite un frisson, car « Derrière le rideau / Le mystère pourrait bien / Entrer dans ton ventre / Comme un coup » met en garde la poète. Il le sait bien, celui dont le regard se perd lorsque, feuilletant ses albums, il constate que « peu à peu le corps se modifie malgré soi ». Ouvrir les yeux sur le corps, ouvrir la conscience sur la mort. Entre pensée et image, au-delà du langage, l'essai de l'Atelier du Bocage dessine en creux le drame d'une ineffable nostalgie. « Dans la pièce, un bourdonnement / A peine audible, mais pérenne / S'échappe d'un bout de papier égaré au sol. »

 

 

 Après la lecture de : Collectif de l'Atelier du Bocage, D'être plus que nu, 2013, jacques andré éditeur.

 

Le collectif Atelier du Bocage associe Cécile Beaupère, dessins, Jeanne Robert, danse, Mary Gréa, textes, Emmanuel Spassoff, photographies.

Citations tirées de l'ouvrage : extraits des textes et poèmes de Mary Gréa. Le titre du billet est repris de la quatrième de couverture.

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